Un environnement politique et macroéconomique favorable aux opérations M&A en 2018 - Le Magazine des Affaires

Un environnement politique et macroéconomique favorable aux opérations M&A en 2018

Davin S FblancEn 2018, les opérations de fusions-acquisitions (M&A) devraient atteindre 3 200 milliards de dollars. C’est le principal enseignement de la troisième édition de l’étude Global Transactions Forecast, publiée par Baker McKenzie, en collaboration avec Oxford Economics. Selon ces prévisions portant sur la période 2018-2020, un pic sera atteint l’année prochaine dans le monde, comme en France, où l’activité M&A devrait augmenter de 40%, totalisant 56,5 milliards de dollars. En parallèle, les opérations d’introductions en Bourse (IPO) atteindraient un montant de 220 milliards de dollars dans le monde. Pour autant, un tassement progressif pourrait être observé sur la période 2019-2020.

Par Stéphane Davin, Associé, Guillaume Nataf et François-Xavier Naime, Partners, Baker McKenzie

Un environnement politique et macroéconomique plus favorable qu’en 2017

Ces perspectives favorables s’expliquent d’abord par le climat politique, qui devrait être plus apaisé en 2018. Les craintes de 2017 liées à l’accession au pouvoir de Donald Trump, au Brexit et aux élections à la fois françaises et allemandes se dissipent, malgré la politique protectionniste menée par le président américain.

Par ailleurs, les tendances macroéconomiques positives observées au second semestre de l’année 2017, qui devraient se prolonger sur l’année en cours, seront particulièrement porteuses pour les entreprises. En effet, l’étude du cabinet prévoit une hausse de la confiance des investisseurs, mais aussi un retour des opportunités de financement à bas coût, notamment dans les pays émergents.

Si cette dynamique devrait être observée dans toutes les régions du monde, le pic cyclique d’activité concernerait, dans un premier temps, l’Europe et l’Amérique du Nord, dès 2018, avant de toucher l’Asie, l’Amérique latine, le Moyen-Orient et l’Afrique courant 2019.

En Europe, une forte augmentation de l’activité M&A et IPO

En Europe, les opérations de fusions-acquisitions sur la période 2018-2020 devraient atteindre 856 milliards de dollars en 2018, en hausse de 34% par rapport à l’année passée. L’étude prévoit aussi un renforcement significatif de l’activité IPO en Europe qui pourrait s’élever à 60 milliards de dollars en 2018, par rapport à 38 milliards de dollars en 2017.

L’amélioration de la situation du marché du travail européen, la hausse du commerce intra-européen et le retour des investissements sont autant de facteurs expliquant cette augmentation. D’un point de vue politique, la défaite des candidats populistes en France et aux Pays-Bas ainsi que l’apaisement des craintes liées au Brexit ont contribué à stabiliser la situation économique sur le continent. Cependant, bien que le scénario d’un « hard Brexit » semble s’éloigner, la suite des négociations entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni constitue toujours une menace potentielle pour l’économie européenne.

Le marché américain en progression malgré les menaces de protectionisme

Aux Etats-Unis, les mesures protectionnistes que l’administration Trump envisage n’ont, jusqu’ici, visé que des secteurs, produits ou entreprises spécifiques, sans toucher l’économie dans sa globalité, permettant ainsi de rassurer certains marchés comme le Mexique et le Canada.

La Chine, quant à elle, voit ses relations américaines se complexifier : Donald Trump a annoncé le 22 mars le début de sa « guerre commerciale » contre la Chine en signant un mémorandum
« ciblant l’agression économique de la Chine » assorti de mesures punitives dont la création de tarifs douaniers sur des importations chinoises pour 60 milliards de dollars par an, l’objectif annoncé étant de mettre un terme au vol de propriété intellectuelle américaine par la Chine.

Le risque est que ces mesures contre-productives soient élargies progressivement, pénalisant ainsi  la dynamique de l’économie globale.

Au-delà de ces aspects réglementaires, l’économie américaine se porte généralement bien. Le marché du travail reste dynamique et soutient la consommation américaine, tandis que le niveau faible du dollar permet un retour à la compétitivité des exportations américaines et encourage les investissements. Ce climat économique favorable permet des prévisions de croissance autour de 2,5% pour 2018.

Selon l’étude, le montant des opérations de M&A aux Etats-Unis atteindrait un pic à 1 500 milliards de dollars en 2018 – 200 milliards de plus par rapport à 2017. Cette hausse serait notamment portée par les opérations domestiques qui devraient rester dynamiques. Les fusions-acquisitions transfrontalières risquent pour leur part de souffrir du contrôle accru des acquisitions chinoises aux Etats-Unis par les autorités américaines. Le récent blocage par le président Trump, au nom de la protection des intérêts nationaux, du rachat de l’américain Qualcomm par le singapourien Broadcom dans une opération record à 117 milliards de dollars est là pour en témoigner.

Concernant les introductions en Bourse, le marché nord-américain s’est montré particulièrement performant en 2017, avec des opérations d’envergure telle que l’introduction en Bourse de Snap Inc. pour un montant de
3 milliards de dollars. Selon l’étude de Baker McKenzie, ces opérations devraient progresser pour atteindre un montant inégalé de levée de fonds de 78 milliards de dollars en 2018 dans un contexte d’inquiétude croissante des investisseurs sur le taux d’endettement des entreprises et de politique pro-business de l’administration Trump. Le récent succès de l’introduction en bourse de Dropbox à 9,2 milliards de dollars semble confirmer ces perspectives favorables.

Une hausse portée par les secteurs des biens de consommation et de la finance

Les secteurs des biens de consommation et de la finance sont particulièrement dynamiques. Les fusions-acquisitions dans ces deux secteurs devraient atteindre, respectivement 633 et 616 milliards de dollars en 2018, contre 543 et 462 milliards de dollars en 2017.

En matière d’IPO, le secteur financier devrait également conserver une place importante en 2018, avec un total de 83,9 milliards de dollars, contre 51,1 milliards de dollars en 2017, soit une augmentation de 64%. Il serait suivi, ici encore, par le secteur des biens de consommation (59,8 milliards de dollars) ainsi que le secteur industriel (55,9 milliards de dollars).

Porté par la digitalisation, le secteur de la consommation devraient même être le secteur le plus dynamique en matière de fusions-acquisitions cette année. L’essor du e-commerce y encourage les opérations de M&A qui se multiplient : si les distributeurs investissent le marché du e-commerce, les grands acteurs du e-commerce diversifient, eux aussi, leurs activités dans la distribution physique.

En juin 2017, Amazon a par exemple racheté la chaîne américaine de magasins bio Whole Foods Market, pour 13,7 milliards de dollars. Plus récemment, le géant américain a annoncé le lancement de magasins sans caisses en Europe et aux Etats-Unis, affirmant sa volonté de disrupter le secteur de la distribution.

La Chine reste le marché le plus dynamique du secteur des biens de consommation s’agissant des IPO : sur environ 38 milliards de dollars levés lors d’IPO par des acteurs de la distribution en 2017, près de 8 milliards de dollars ont été levés en Chine. En parallèle, les acteurs chinois n’hésitent pas à se tourner vers New York ou Hong Kong pour leur introduction en Bourse : la plus importante IPO transfrontalière menée dans le secteur en 2017 a été l’introduction de l’entreprise de logistique chinoise Best Inc., soutenue par Alibaba, à la Bourse de New York, pour un montant de 518 millions de dollars. Parmi les 10 plus importantes IPO transfrontalières en 2017, 6 ont concerné des entreprises chinoises.

La stabilisation de l’écosystème politique et économique mondial tel que constaté au jour où nous écrivons ces lignes crée sans nul doute un climat très favorable aux activités de M&A et IPO pour la période 2018-2020. Néanmoins, le possible renforcement des mesures protectionnistes américaines reste aujourd’hui un des facteurs principaux susceptible de remettre en cause ces perspectives prometteuses et de pénaliser le développement d’une activité transactionnelle forte.

Avril 2018

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