Stratégies de croissance : tirer profit de l'incertitude - Le Magazine des Affaires

Stratégies de croissance : tirer profit de l’incertitude

Pour la deuxième année consécutive, Hogan Lovells s’est associé avec le Financial Times pour réaliser une étude sur l’évolution des stratégies de croissance mises en œuvre par les principales entreprises internationales. Isabelle MacElhone (en photo), Associée co-dirigeante du département fusions-acquisitions du bureau parisien d’Hogan Lovells, nous en décrypte les grands enjeux.

Nous avons interrogé 160 dirigeants de sociétés au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Europe continentale et en Asie et cette année encore notre enquête ne manque pas d’enseignements. Nous avons tout d’abord pu observer chez les dirigeants un certain niveau d’optimisme qui pourrait paraître surprenant au vu du contexte d’incertitude économique actuel. Interrogés sur la manière dont ils envisagent la croissance de leur activité au cours des deux prochaines années, plus de huit sondés sur dix anticipent une croissance organique sur leurs marchés existants, et ce malgré trois trimestres successifs de contraction économique. Par ailleurs, près de six sociétés sur 10 envisagent de se développer dans de nouvelles zones géographiques tandis que 56% souhaitent réaliser des opérations de fusions-acquisitions sur leur marché domestique.

Ce discours contraste avec la réalité de la conjoncture ainsi qu’avec les craintes que les dirigeants expriment eux-mêmes vis-à-vis du climat ambiant. De fait, les inquiétudes quant aux problématiques politiques sont à leur plus haut niveau en Europe (75%), reflétant clairement le climat d’incertitude persistante au sujet de la crise de la dette de la zone euro. Les entreprises européennes sont celles qui ont le plus vivement exprimé leur inquiétude sur ces sujets, avec 38% d’entre elles qui disent réduire certains investissements spécifiques dans les pays du Sud de la zone euro tandis qu’une entreprise sur trois admet vouloir réduire son exposition à la zone euro. Il faut néanmoins souligner que seulement trois entreprises sur l’ensemble des sondés déclarent prévoir de se retirer de la zone euro. Par ailleurs, le protectionnisme et l’intervention des pouvoirs publics sont également cités par les entreprises comme un frein aux opérations de fusions-acquisitions, ce qui montre que les entreprises cherchent à mieux appréhender le contexte local de marché lors d’une opération de croissance externe.

Sans surprise, l’incertitude économique constitue la principale barrière à l’investissement et c’est la raison pour laquelle les entreprises européennes ont accumulé des niveaux record de liquidités. Nous estimons en effet que les 500 premières entreprises mondiales disposent d’une trésorerie de 4.000 milliards de dollars, dont 984 milliards en Europe. Les entreprises souhaitent investir – 50% des entreprises européennes considèrent d’ailleurs qu’il existe des opportunités de réaliser des acquisitions à des niveaux de valorisation relativement bas – mais sont notamment freinées par le climat d’incertitude. Notre analyse confirme également que les dirigeants n’anticipent pas un retour du marché des fusions-acquisitions aux niveaux qui existaient avant 2008 et se résignent plutôt à un environnement morose. Réussir nécessite d’élaborer une stratégie claire, de renforcer son bilan, de savoir gérer les talents, d’adopter la technologie appropriée, et d’appréhender correctement protectionnisme et régulation. Le souhait d’investir existe, plus particulièrement dans les pays émergents. La question maintenant est de savoir quand.

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