"Nous n’avons jamais dévié de discours ni de stratégie" - Le Magazine des Affaires

« Nous n’avons jamais dévié de discours ni de stratégie »

Alain RauscherEn réunissant 3,6 Mds € en l’espace de cinq mois pour son fonds III, Antin Infrastructure Partners est devenu le premier fonds d’Infrastructure indépendant  en Europe par montant levé (7,4 Mds€). Son président et fondateur, Alain Rauscher, revient pour le Magazine des Affaires sur ce dernier succès et nous livre sa vision du marché de l’Infrastructure.

MdA : Après celle d’Ardian en LBO Mid-Cap (4Mds€), vous venez de réaliser la 2ème plus importante levée de fonds de l’année 2016. Comment êtes-vous parvenu à aller si vite ?

Alain Rauscher : Il est vrai que cette levée s’est déroulée dans un délai record de 5 mois, mais correspond en réalité à un travail que nous effectuons en continu auprès de nos investisseurs. Pour cette troisième génération de fonds, nous avons pu compter sur le soutien très important de nos investisseurs existants tout en continuant à diversifier notre base d’investisseurs avec plus d’1 milliard d’euros provenant de pays non-européens en particulier au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique du Nord. Nous sommes ainsi passé de 60 à 85 investisseurs en deux ans, pour un apport de ‘‘New Money’’ approchant les 1,6 M€. Quant aux investisseurs français, ils représentent aujourd’hui 15% du fonds III en valeur, contre 50% pour le fonds I. C’est la preuve que notre base d’investisseurs s’est élargie et que notre capacité à créer de la valeur a convaincu dans le monde entier.

MDA : Vous avez vendu plusieurs participations dans un marché de l’Infrastructure où les sorties sont encore assez rares. Pensez-vous que cela ait fait la différence ?

Alain Rauscher : Certainement. Il y a 10 ans, les fonds infrastructures n’avaient pas de track record et les investisseurs avaient tendance à investir dans l’ensemble des modèles qui leur étaient proposés.

Les investisseurs ont aujourd’hui une approche davantage tranchée et privilégient les équipes qui ont prouvé leur capacité à créer de la valeur et céder des actifs dans de bonnes conditions. C’est ce qu’Antin IP a réussi en cédant 6 participations au cours des trois dernières années.  Dans le même temps, nous sommes parvenus à déployer 2,3 Mds€ depuis notre dernière levée en 2014 : un peu plus de 1,6 Mds€ issus du fonds II et 750 M€ sous la forme de co-investissement.  Notre objectif est désormais d’investir entre 8 et 10 actifs avec le fonds III en restant sur le même montant d’investissement unitaire, entre  200 et 400 M€ par investissement. Nous aurions pu lever davantage que les 3,6 Mds € qui ont été réunis mais nous avons préféré nous limiter afin de ne pas dévier de notre business model.

MdA : D’après les documents rendus publics par l’un de vos investisseurs, la Caisse de Retraite des Fonctionnaires de l’Etat du Nouveau Mexique (Public Employees Retirement Association of New Mexico), votre fonds I a délivré au 30 juin 2016 un TRI net de 19,2 % pour un rendement annuel de 5,3 %. Au-delà de ce niveau de performance, le succès de cette levée ne consacre-t-elle pas aussi la pertinence du modèle d’investissement de Private Equity Infrastructure ?

Alain Rauscher : Le succès rapide de cette levée de fonds témoigne en effet de la confiance des investisseurs dans notre stratégie d’investissement et dans notre capacité à générer durablement des rendements attractifs. Nous n’avons jamais dévié de discours ni de stratégie, ce qui est très rassurant pour les investisseurs même s’il y a 10 ans, il y avait une forte pression des institutionnels pour faire du ‘‘core infrastructure’’. Nous n’y avons jamais cru. Le problème de cette stratégie est qu’aujourd’hui, les grandes compagnies d’assurance ou les fonds de pensions ont tendance à investir en direct dans ce type d’actifs avec des attentes de rendements inférieures à celles des sociétés de gestion. Il est donc difficile pour celles-ci de demeurer compétitives. Cette tendance était tout à fait décelable à l’époque, c’est pourquoi les fonds comme EQT ou nous-même en Europe, GIP et Brookfield en Amérique du Nord, dont la thèse d’investissement est basée sur la création de valeur, ont tendance à capter une grande part des investissements des institutionnels.

MdA : Vous venez justement de céder FPS Tower pour 697 M€ à American Tower Corporation et PGGM, que vous aviez repris à Bouygues Telecom en 2012. Pourriez-vous nous en dire davantage sur le travail effectué au sein de cette entreprise ?

Alain Rauscher : Nous n’avons pas pris le contrôle de cette société. Nous l’avons créé ex nihilo en transférant à FPS Towers un peu plus de 2000 contrats de bail de tours que Bouygues Télécom avait conclus avec les propriétaires des terrains sur lesquels étaient installées les tours.  La société ne disposait pas encore, au moment de la signature, d’une équipe de management et n’avait repris aucun salarié de Bouygues Télécom.

Une part importante du travail et de la création de valeur a donc été de ‘‘détourer’’ l’ensemble et de créer une véritable société autour de ces actifs stratégiques pour Bouygues Télécom, mais également pour d’autres opérateurs de réseaux télécoms. Nous avons ensuite recruté un nouveau dirigeant de tout premier plan, Frédéric Zimer, épaulé par une équipe de management d’excellente qualité, qu’il a recrutée, aux intérêts alignés avec les nôtres, via un plan d’incitation.

En quatre ans, FPS Tower a renégocié ses baux et lancé un plan ambitieux d’acquisition de terrains, développé fortement son activité en accueillant de nombreuses antennes de nouveaux clients et de clients existants (Free/SFR), conclu de nouveaux contrats avec la société d’autoroute APRR, racheté de nouveaux droits d’hébergement à RTE et développé son activité dans les zones urbaines (toits terrasses), toutes ces initiatives permettant de démultiplier de manière extrêmement significative ses marché potentiels.

Le travail accompli a ainsi permis à la société d’identifier de nouveaux gisements de revenus, ce qui a permis à FPS de tripler son EBITDA en 4 ans tout en créant 80 emplois qualifiés.

MdA : Finalement, aujourd’hui, où se situe le risque dans le secteur des Infrastructures ?

Alain Rauscher : Le plus grand risque pour un investisseur est de payer un actif trop cher en sous-estimant le risque. Or les actifs d’infrastructure ne sont pas des obligations d’Etat mais de l’investissement equity, donc du risque equity, ce qui suppose d’être capable de réagir quand ceux-ci traversent des zones de turbulence. Il s’agit d’actifs industriels complexes.

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