M&A et IPO : des perspectives prometteuses malgré les incertitudes - Le Magazine des Affaires

M&A et IPO : des perspectives prometteuses malgré les incertitudes

Davin Stéphane

Stéphane Davin, Baker McKenzie

Sanchez de la Espada Hugo

Hugo Sanchez de la Espada, Baker McKenzie

Par Stéphane Davin, Avocat Associé en charge du département M&A de Baker McKenzie à Paris, et Hugo Sanchez de la Espada, Partner.

L’incertitude politique et économique qui plane sur certaines régions stratégiques du monde depuis plusieurs mois ne devrait pas remettre en cause les perspectives encourageantes en matière de M&A et d’IPO en France et au sein de l’UE. Baker McKenzie a récemment publié l’étude Global Transactions Forecast qui traite des principales prévisions de M&A et d’IPO sur la période 2017-2020 au niveau mondial.

Perspectives prometteuses en France malgré un manque d’attractivité qui perdure

Selon cette étude, l’activité M&A progresserait fortement (+52 %) en France en 2017 par rapport à 2016 pour atteindre 70,1 Mds $ cette année, contre 46,9 Mds $ l’an dernier. Elle augmenterait de 31 % de 2017 à 2018 pour atteindre 92 Mds $, qui constituerait le pic de la période étudiée. Elle diminuerait ensuite en 2019 à 77,6 Mds $ pour atteindre, en 2020, 67,2 Mds $.

Une tendance similaire est anticipée en matière d’IPO en France. En effet, cette activité progresserait fortement entre 2016 et 2018, passant de 987 Mds $ en 2016 à 2,72 Mds $ en 2017 pour      atteindre     un pic   à 5,8 Mds $ en 2018. Cette croissance résulterait surtout des opérations domestiques qui passeraient de 525 millions de dollars en 2016 à 2,2 Mds $ en 2017 et, de façon encore plus significative, à 4,99 Mds $ en 2018. L’activité IPO diminuerait sensiblement en 2019 (4,32 Mds $) et en 2020 (2,37 Mds $).

Ces perspectives prometteuses, résultant notamment de la politique monétaire accommodante de la BCE et des prévisions de croissance en hausse, ne devraient pas être remises en cause malgré un manque d’attractivité de la France qui perdure. Selon l’indice d’attractivité transactionnelle calculé sur la base des opérations effectuées dans un certain nombre de pays et d’une moyenne pondérée de dix facteurs qui déterminent les activités M&A et IPO, la France se classe en effet au 16ème rang sur les 37 pays analysés avec un score de 5,5 sur 10. Elle est notamment devancée par le Royaume-Uni (6,6), l’Allemagne et les Etats-Unis (5,7). Si elle possède des atouts majeurs comme l’absence de risque souverain, la France se caractérise par certaines faiblesses structurelles telles que la taille de son marché boursier ou la réglementation contraignante visant les entreprises pour lesquelles sa note se situe en dessous de 4.

Les prévisions relativement optimistes de notre étude prennent cependant pour hypothèse une négociation du Brexit dans des conditions accommodantes : compte tenu des récents développements, les négociations pourraient s’avérer plus longues et plus difficiles que prévu et avoir un impact négatif sur ces prévisions. Par ailleurs, les prochaines échéances politiques pourraient également influencer les conditions de la confiance sur le moyen terme. A l’inverse, l’attractivité de la France pourrait bénéficier de l’élection d’une majorité parlementaire cohérente et volontariste, qui adopterait des mesures économiques favorables, notamment dans l’hypothèse d’une stabilisation du cadre fiscal et règlementaire dont le caractère mouvant a, jusqu’à présent, plutôt défavorisé l’activité économique en France.

UE et Royaume-Uni : des trajectoires divergentes face au Brexit

Toujours selon l’étude, l’activité M&A au Royaume-Uni régresserait significativement en 2017, chutant à 124,9 Mds $ contre 340,3 Mds $ en 2016 (-63,5 %), année qui s’était caractérisée, il est vrai, par plusieurs transactions significatives telles que la finalisation de l’opération AB InBev / SAB Miller (101 Mds $) ou encore le rachat d’ARM Holdings par Softbank (32 Mds $). Cette forte diminution serait, tout d’abord, due à une croissance économique plus faible mais également à la prudence accrue des investisseurs face aux incertitudes quant aux conditions de mise en œuvre du Brexit et aux nouvelles règles qui se substitueraient à celles existantes. Le Royaume-Uni ne bénéficierait que d’une légère amélioration de son activité M&A entre 2018 et 2020 : elle passerait, en effet, de 135,4 Mds $ en 2018 à 144,8 Mds $ en 2019, pour atteindre 150,3 Mds $ en 2020. Néanmoins, ces trois années de hausse consécutives ne permettraient toujours pas de revenir au niveau de 2016.

A l’inverse du Royaume-Uni, l’activité M&A au sein de l’UE (hors Royaume-Uni) augmenterait de façon significative en 2017 : elle atteindrait 459 Mds $ contre 319 Mds $ en 2016. Elle poursuivrait ensuite sa progression en 2018 pour atteindre 613 Mds $ avant de s’éroder progressivement en 2019 (557 Mds $) et 2020
(461 Mds $). Cette augmentation de l’activité M&A au sein de l’UE (hors Royaume-Uni) s’expliquerait, notamment, par des prévisions de croissance plutôt favorables, les taux d’intérêt bas de la BCE, les investissements en hausse des entreprises et un marché du travail créateur d’emplois en dépit de l’incertitude politique liée, en particulier, aux élections en France et en Allemagne de 2017. Le pic atteint en 2018 profiterait également de l’affaiblissement de l’euro par rapport au dollar, susceptible de stimuler la compétitivité de l’industrie. Malgré cette progression, l’activité M&A dans l’UE (hors Royaume-Uni) demeurerait en deçà du niveau record atteint en 2015 (736 Mds $) et très inférieure à l’activité M&A en Amérique du Nord, qui pointerait à 1 395 Mds $ en 2018.

Concernant les IPOs, l’Europe et le Royaume-Uni ont subi un ralentissement non négligeable en 2016, pour atteindre respectivement 26 Mds $ et 5,3 Mds $. L’activité IPO au sein de la zone euro rebondirait, dès 2017, grâce à une augmentation significative de l’investissement des entreprises pour atteindre 48 Mds $ en 2018. L’activité au Royaume-Uni atteindrait, elle, un pic l’année suivante, une fois les modalités du Brexit clarifiées.

La dynamique des activités M&A et IPO au niveau mondial bridée par les incertitudes géopolitiques

A l’échelle mondiale, l’activité M&A plafonnerait à 2 503 Mds $ en 2017 contre 2 810 Mds $ en 2016 en raison notamment des incertitudes politiques dans les pays les plus influents. Sur le plan économique, la volatilité des marchés aux Etats-Unis, les inquiétudes relatives au ralentissement économique chinois et la baisse des prix du pétrole et des matières premières seraient de nature à renforcer la prudence des investisseurs en 2017.

La croissance de l’activité M&A au niveau mondial reprendrait en 2018 pour atteindre 2 966 Mds $ dans la mesure où les observateurs anticipent une stabilisation globale des conditions économiques et financières, une amélioration conséquente des bénéfices des entreprises et la dissipation progressive des incertitudes politiques actuelles. Néanmoins, l’activité M&A baisserait à nouveau en 2019 (2 761 Mds $) puis chuterait en 2020 à hauteur de 2 316 Mds $ seulement, montant le plus bas depuis 2014, en réponse, notamment, à la hausse prévue des taux d’intérêts.

La dynamique de l’activité IPO mondiale suivrait une progression divergente de celle de l’activité M&A : après une faible année 2016 (131 Mds $), elle augmenterait en 2017, contrairement à l’activité M&A mondiale, pour atteindre 168 Mds $. Puis elle progresserait nettement lors des deux années suivantes (275 Mds $ en 2018 et 2019). Cette augmentation s’expliquerait, en particulier, par le nombre croissant d’IPOs, de nombreuses entreprises ayant reporté leur projet de cotation en raison des incertitudes politiques et économiques actuelles déjà évoquées.

En définitive si les prévisions concernant les activités M&A et IPO pour la période 2017-2020 présentent des perspectives prometteuses en France et au sein de l’UE, celles-ci restent à la merci des nombreuses incertitudes géopolitiques liées aux élections à venir notamment en Allemagne et en France, mais aussi passées (aux Etats-Unis et en Italie) et au Brexit, qui demeurent, plus que jamais, des facteurs d’instabilité pour des entreprises et des investisseurs qui n’ont jamais autant souhaité bénéficier d’un environnement économique et règlementaire prévisible afin de définir leur stratégie transactionnelle.

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