Les réseaux THD, une nécessité pour l’Europe - Le Magazine des Affaires

Les réseaux THD, une nécessité pour l’Europe

Bénédicte de Giafferri, responsable des Financements d’infrastructures et de projets pour la région France, Natixis

Bénédicte de Giafferri, responsable des Financements d’infrastructures et de projets pour la région France, Natixis

Par Jean-Pierre Geremy, responsable mondial des financements d’infrastructures de télécoms, Natixis, et Bénédicte de Giafferri, responsable des Financements d’infrastructures et de projets pour la région France, Natixis

L’évolution technologique a été de tous temps le moteur de profonds bouleversements des mécanismes économiques. Ces dernières années, les télécommunications sont au cœur de nombreuses révolutions, et la modernisation des réseaux de télécommunications devient un enjeu majeur pour le développement économique. De nouveaux types de projets d’intérêt général voient le jour et obligent le marché du financement de projets à s’adapter à son tour… Natixis a été l’un des pionniers sur ces nouveaux projets.

La stratégie pour le marché unique numérique et ses ambitions de développement

La généralisation de l’utilisation des paquets de données dans les télécommunications et  l’uniformisation des protocoles de transmission autour de ceux de la famille Internet (TCP/IP) ont favorisé le développement de nouvelles applications et de nouveaux usages (réseaux sociaux,  géolocalisation, messagerie, commerce électronique, vidéo sur Internet, etc.). Il en est résulté une explosion du trafic des données aussi bien dans le domaine du « filaire » que du « mobile ». Sur la période 2013-2016, le trafic de données sur les réseaux a été multiplié par 2,3x, et il devrait croître au même rythme sur la période 2016-2020.

Pour faire face à cette croissance, les opérateurs télécoms, qu’ils soient historiques, alternatifs ou grossistes, ont fait d’importants investissements dans les cœurs de réseaux. En outre, avec les  OTTs tels que Google, Microsoft, Apple ou Amazon, ils ont fortement contribué au développement des réseaux longues distances  comme les dorsales terrestres ou les câbles sous-marins.

En revanche, les connexions finales avec les consommateurs particuliers sont encore souvent construites autour de liaisons utilisant des fils de cuivres. En dépit des évolutions technologiques (xDSL, VDSL), les débits supportés par ces réseaux sont limités, de l’ordre de quelques MBps à 50 Mbps.

Ainsi, si 97% des européens ont un accès internet, seuls 50% ont accès à la fibre ou au câble qui donnent accès à des débits de plus de 100 Mbps, et 68% ont accès à des débits de 30 Mbps ; par ailleurs ces moyennes cachent de fortes disparités selon les pays et ces hauts débits sont presque exclusivement concentrés dans les zones urbaines.

Les objectifs de la Commission Européenne, décrits dans le « Digital Agenda », sont d’amener 100% des foyers européens dans chaque pays à bénéficier de connexions supportant des débits de 30Mbps et 50%  à des débits de 100Mbps.

En France en particulier, le plan Très Haut Débit prévoit de déployer 20 MdEUR d’ici 2022 pour équiper en fibre optique la quasi-totalité des français.

L’émergence de nouveaux projets à financer

En France, le plan Très Haut Débit se traduit en particulier par l’octroi de délégations de service public en zones rurales, accordant au titulaire le bénéfice de subventions d’investissement et de raccordement pour déployer la fibre jusqu’à l’abonné (Fiber to the house ou FttH). Ces nouveaux projets, structurés dans le cadre de concessions, ont attiré de nombreux industriels et investisseurs financiers ; pour le financement, ces derniers se sont naturellement tournés vers les banques du financement de projet, avec des structures de financement à long terme.

Outre le risque de construction relativement similaire aux projets traditionnels, les banques ont dû appréhender un nouveau risque : le risque de commercialisation de la fibre par les opérateurs télécoms, puis de montée en charge du trafic sur la fibre – autrement dit, de modification de leur abonnement par les usagers, pour passer de leur connexion actuelle (généralement en cuivre : ADSL) à la fibre optique. Néanmoins, les révolutions déjà mentionnées en termes de consommation et l’absence de risque d’obsolescence technologique concernant la fibre, compte tenu de ses performances intrinsèques, assurent un taux de pénétration à terme au moins équivalent à celui actuel de
l’ADSL ; l’analyse porte dès lors presque essentiellement sur la durée nécessaire pour atteindre ce taux de pénétration.

Ailleurs en Europe, des plans similaires se dessinent pour le développement de la fibre en zone rurale, avec des schémas différents: en Irlande comme en Italie, des subventions sont attribuées à des opérateurs pour le développement de la fibre dans des zones non denses selon des critères définis par les autorités publiques. Bien que ces octrois de subventions ne s’intègrent pas dans des schémas concessifs, les différents industriels et investisseurs, comme les banques qui les accompagnent, devraient pouvoir capitaliser sur l’expérience acquise sur le développement des réseaux ruraux français.

En parallèle, les sociétés ayant développé des réseaux à titre privé dans les zones plus denses sont devenues de vraies sociétés d’infrastructures : leurs actifs leur procurent une situation de monopole ou quasi-monopole, ainsi que des revenus récurrents. De nombreux développeurs ont ainsi construit des fragments de réseaux, et procèdent aujourd‘hui à des opérations de consolidation, afin de densifier ou élargir leur réseau et en accroître ainsi l’attrait. Ceci donne lieu pour les banques à un certain nombre d’opérations d’une autre nature : des opérations d’acquisitions d’infrastructures.

Différentes sources de liquidité pour ces projets

Si les banques traditionnelles du financement de projet ont été les premières impliquées, notamment pour dessiner les nouveaux contours des financements nécessaires pour ces projets, les investisseurs institutionnels y prennent part eux aussi de manière croissante. En effet, dans le marché actuel européen caractérisé par un afflux de liquidités, les projets offrant une forte rationalité et un niveau de rémunération relativement élevé sont rares. Ainsi de plus en plus d’investisseurs acceptent d’assouplir leurs contraintes, liées notamment à la présence de cash sweeps (nécessaires à rassurer les banques sur les risques de refinancement) et pour les projets greenfields, à des durées de construction relativement longues.

A ce titre, Natixis a joué un rôle clef, à commencer par la structuration et l’arrangement en 2013, en tant que conseil financier et bookrunner, d’un financement obligataire sur les délégations de service public d’Axione Infrastructures. Si ces projets concernaient des réseaux de cuivre, leur mécanisme et risques associés étaient tout à fait similaires à ceux des DSP de fibre à venir. Le format obligataire avait permis à un certain nombre d’investisseurs de participer au financement.

Natixis a ensuite été la première banque à se positionner en tant que conseil financier sur les nouvelles DSP de fibre optique, aux côtés d’Axione, Bouygues et du FIDEPPP puis d’autres acteurs du marché. En tant qu’arrangeur des financements, Natixis a eu à cœur de favoriser la distribution aux investisseurs institutionnels, auprès notamment de ses partenaires exclusifs.

Beaucoup d’investisseurs se montrent intéressés par ces nouveaux projets mais n’ont pas encore franchi le pas. Les projets se sont néanmoins aisément financés car si le montant global des investissements est élevé, les projets sont individuellement de taille relativement modeste, et offrent encore aujourd’hui des rémunérations attractives par rapport aux projets d’infrastructures classiques – ce qui pourrait s’estomper avec les retours d’expérience sur les premiers réseaux, venant améliorer la perception du risque.

Juin 2017

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