L’infrastructure à l’épreuve du numérique - MDA

L’infrastructure à l’épreuve du numérique

Confrontées à la transformation digitale des business model, les infrastructures traditionnelles doivent aujourd’hui s’adapter aux besoins de l’économie de demain. Dans une étude publiée début octobre, Ardian et le groupe de conseil FaberNovel identifient 5 attributs essentiels de ces infrastructures “augmentées”.

 

Carte-connectiviteL’émergence des données a et continue de bouleverser le fonctionnement de nombreux secteurs économiques. Une “disruption” à laquelle le monde de l’infrastructure doit, pour Ardian, se préparer au plus vite. “Historiquement, l’économie était fondée sur la valeur du travail, l’accumulation de capital et sur les flux monétaires, souligne Mathias Burghardt, responsable de l’activité Infrastructure d’Ardian. Nous sommes convaincus que demain, la digitalisation des infrastructures fera basculer l’économie traditionnelle vers une économie de la gestion de données. Ne pas s’adapter à ces nouveaux schémas économiques, c’est prendre le risque de devenir obsolète.”

Le conflit qui opposa Netflix à Verizon au cours de l’été 2014 est un exemple criant de l’impact de cette transformation. Le service de vidéo à la demande accusait ainsi Verizon de réduire la bande-passante qui lui était attribuée. Si la justice avait déjà tranché en faveur de Verizon, début 2014, obligeant Netflix à contribuer à financer ce réseau, elle donne finalement raison à Netflix en 2015. Une situation qui n’a fait que se reproduire depuis l’abrogation de la Neutralité du Net aux Etats-Unis et le lancement de nombreux services de VOD par les FAI américains, tels que Go90 (Verizon), Xfinity Stream TV (Comcast) ou encore DirecTV Now (AT&T). Les acteurs du numérique, et tout particulièrement les GAFAMs, ne se contentent plus de leurs métiers traditionnels. Ils cherchent à remonter ou redescendre dans la chaîne de création de la valeur, voire à créer leurs propres infrastructures, développant ainsi de nouveaux rapports de force”, relève Stéphane Distinguin, fondateur du groupe de conseil FaberNovel. Google se construit ainsi, à l’instar de ses concurrents, un réseau d’infrastructures afin de soutenir la croissance de ses activités : la firme de Mountain View détient aujourd’hui un peu plus de 100 000 km de câbles sous-marins, soit 8,5% du réseau mondial, et a investi plus de 4,3 milliards d’euros depuis 2007 pour développer ses quatre centres de données européens et les raccorder aux réseaux du continent. Toutes activités comprises, Fabernovel estime que Google a consacré 30 milliards de dollars à l’infrastructure entre 2015 et 2017, l’équivalent de 11% de son chiffre d’affaires sur cette même période (109,65 milliards de dollars).

Une nouvelle notation des infrastructures

Selon Mathias Burghardt, l’évolution de la chaîne de valeur de l’infrastructure appelle “à une redéfinition de la notion de création de valeur et de service attendu ainsi que la rémunération qui permet de favoriser l’innovation et l’investissement nécessaire.L’appropriation de ce nouveau paradigme passe, pour Stéphane Distinguin,par la compréhension des nouvelles chaînes de valeur et la création d’un nouveau modèle pour penser les infrastructures. Google Maps, par exemple, peut être considéré comme une infrastructure cartographique tant l’application est utilisée par des acteurs tiers pour développer et proposer certains services à leurs clients.” L’étude menée par Ardian et Fabernovel développe ainsi un nouveau modèle de notation des infrastructures pour les investisseurs et les gestionnaires divisant la valeur d’une infrastructure “augmentée” en cinq critères :

  • Intelligente : elle doit être capable de continuellement mettre à jour sa connaissance fonctionnelle, dans des situations normales comme critiques, afin de maximiser son efficacité opérationnelle et la satisfaction client.

 

  • Ouvert : telle un logiciel « API-sé » ou « open-source », elle doit être pensée comme un écosystème ouvert à d’autres acteurs, en créant et contrôlant des points d’entrée et de sortie qui permettent à tout utilisateur de développer ou d’accéder à des services.

 

  • Prolifique : elle se transforme en une plateforme de services développant, contrôlant et offrant une diversité et multitude de cas d’usages avec un potentiel monétisable.

 

  • Résiliente : L’infrastructure absorbe, prévient les chocs et s’adapte aux changements d’usage, assurant ainsi sa durabilité à long-terme (le gérant de parking Indigo a ainsi transformer un de ses actifs du quartier de la Défense en un espace alternatif).

 

  • A impact : L’infrastructure embrasse une mission élargie, en maximisant ses externalités positives, et en minimisant les négatives (à travers notamment la production d’énergie verte).

 

Autant de critères qui font d’une vision à long-terme, de la valorisation de l’innovation les piliers de cette nouvelle approche d’investissement. Mais ces évolutions ne pourront se faire que si toutes les parties prenantes – puissance publique, usagers, opérateurs et investisseurs – sont capables de s’engager dans ce nouveau modèle et adapter la réglementation. Compte tenu du niveau élevé des besoins d’investissements et d’une moindre visibilité sur les rendements à long terme des infrastructures, il devient crucial d’engager leur transformation.

Bilal Chennoune

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