Interview d’expert Cyril Kammoun, CEO de Degroof Petercam - Le Magazine des Affaires

Interview d’expert Cyril Kammoun, CEO de Degroof Petercam

Cyril KammounEn début d’année, de nombreuses voix s’exprimaient avec beaucoup d’optimisme sur l’évolution des marchés en 2018. Le retour de la volatilité a-t-elle changé la donne ? Réponse de Cyril Kammoun, CEO de Degroof Petercam.

MdA : Les grandes entreprises cotées ont très majoritairement atteints voire dépasser leurs objectifs de résultats. Est ce un catalyseur suffisant pour favoriser les rapprochements d’entreprises?

Cyril Kammoun : Le marché français reste très actif. Chez Degroof Petercam, le volume de transactions est très élevé que ce soient en ECM, DCM ou M&A. Les valorisations élevées déclenchent beaucoup d’actes vendeurs sur toutes les classes d’actifs.  Il y a encore quelques mois, il y avait beaucoup d’incertitude mais les bons résultats ont relancés les grandes manœuvres. Les fonds de LBO restent très actifs et essaient de sortir le plus possible des sentiers battus compte tenu de la forte compétition liée à la surliquidité ; A titre d’exemple de nombreuses opérations de carve out de grands groupes sont à l’étude.   

MdA : Depuis un an, la baisse du dollar est sensible par rapport à l’Euro. Cela a t’il inciter les corporate français à faire des acquisitions outre-Atlantique?

Cyril Kammoun : Les français regardent avec intérêt des cibles américaines même si les valorisations sont particulièrement élevées outre-Atlantique. Ce que je constate aussi c’est que la hausse de l’Euro n’empêche toutefois pas les américains de  faire des acquisitions en Europe et en France en particulier. Les corporate regardent avec intérêt des cessions non stratégiques de grands groupes français. D’ailleurs, on voit des fonds activistes qui ciblent les sociétés françaises.

MdA : Dans cet environnement très particulier que conseillez-vous à vos clients qui souhaitent se porter acquéreurs ?

Cyril Kammoun : Je conseille d’être sélectif car aujourd’hui il y a tellement de liquidité que certains acteurs achètent à n’importe quel prix. Il y a des bulles dans différentes classes d’actifs et je crois que l’on est à une période charnière. Même si tout le monde est confiant sur les fondamentaux de l’économie, l’histoire récente nous montrent que les cycles arrivent souvent tous les 7/10 ans. Il faut à mon sens s’attendre à une correction sur les dettes d’état qui ont augmenté de plus de 50% depuis 2008 dans les pays occidentaux. Il faut se rappeler qu’une augmentation des taux d’intérêt de 1% a un impact de plusieurs de milliards sur la facture d’intérêts de pays comme la France !

MdA : Les sociétés du SBF 80 ont pour beaucoup déjà renégociées les conditions de financement en 2017. Quels vont être selon vous les enjeux 2018 en termes de financement?

Cyril Kammoun : Elles se sont toutes refinancées. Je pense que les marchés actions devraient être très porteurs. Il y a eu plusieurs opérations d’augmentation de capital depuis le début de l’année. Plusieurs opérations importantes se préparent dans les télécom, la pharma, ou les technologies. Malgré le retour de la volatilité, les introductions en Bourse devraient animer les marchés. Le secteur de la Santé est très dynamique et à ma connaissance une dizaine de très grosses opérations liées notamment au désengagement de l’Etat sont en gestation. 

Avril 2018

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