Des fusions-acquisitions et IPO dans la tech proches des records - Le Magazine des Affaires

Des fusions-acquisitions et IPO dans la tech proches des records

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L’année 2017 a été une année proche des records des dotcom des années 2000, avec près de 22 milliards de dollars levés dans le secteur de la tech. En France, plusieurs belles levées de fonds ont été observées, comme par exemple Doctolib ou Ledger. Cette tendance devrait s’accélérer en 2018 aux niveaux français et international.

Par Matthieu Grollemund, Associé, et Antoine Caillard, Counsel, Baker McKenzie

Des opérations de plus en plus importantes pour la FrenchTech

Si l’on regarde la France, le nombre d’opérations est resté plutôt stable, mais le ticket moyen a fortement augmenté. Les belles sociétés sont courtisées et les valorisations s’envolent.

La FrenchTech continue de drainer beaucoup de capitaux. Les acteurs français du monde de la fintech, notamment de la blockchain, ont par exemple réussi à attirer d’importantes levées de fonds en 2017, comme Ledger, Tinubu, Payfit ou Linxo. Ces sociétés intéressent tant les fonds que les banques, attentives à ne pas manquer le virage technologique, à se diversifier et à s’adapter à un marché en pleine mutation. Face à une concurrence accrue, avec l’arrivée des néobanques mais aussi des GAFA dans les services financiers, les banques ont tout intérêt à se tourner vers les fintech pour nouer des partenariats, puis envisager des acquisitions.

Le secteur des technologies médicales (medtech/biotech) et de la e-santé est aussi très actif. Doctolib a notamment réalisé deux belles levées de fonds dans la même année. Le secteur a également permis quelques IPO en France, dont celles de Lysogène et Biom’up à la Bourse de Paris.

D’autres domaines prometteurs sont la robotique et l’IA. Enfin, les objets connectés sont très suivis avec de vrais succès français comme Sigfox, Actility ou Claranova.

Un contexte favorable au développement des pépites françaises

Cette forte activité sur le marché français s’explique principalement par deux facteurs : un écosystème propice au développement de startups et un contexte économique favorable – de quoi attirer les investisseurs étrangers.

La France a effectivement su construire un écosystème de startups vertueux. Parfois qualifiée de « championne des incubateurs », la France en compte plus d’une quarantaine en région parisienne, avec les emblématiques Station F et l’école 42, mais aussi dans d’autres métropoles. Ces incubateurs ont vu émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs, ambitieux et ouverts à l’international.

Plus récemment, l’élection d’Emmanuel Macron ainsi que le discours « France is back » tenu par le Président sur la scène internationale ont encore renforcé l’attractivité du pays et changé la perception des investisseurs, qui suivent avec intérêt les réformes sociales, fiscales et économiques menées par le nouveau gouvernement.

Si ces initiatives françaises contribuent à attirer de nouveaux investisseurs dans notre pays, nous assistons aussi depuis quelques années à un retour des fonds internationaux et des investisseurs corporate sur les marchés au niveau mondial. Ils ne veulent pas rater les prochaines vagues d’innovation et sont donc très actifs pour ne pas être supplantés par de nouveaux acteurs. Un investissement en amont permet d’identifier les pépites et d’en prendre le contrôle plus tard sans avoir à débourser autant.

Tout cela contribue donc à attirer les investissements vers la France dans des secteurs prometteurs comme la biotech, la medtech ou la fintech.

Vers une année 2018 record pour la tech au niveau international…

La belle année 2017 de la FrenchTech donne une idée de ce que pourrait être l’année 2018 pour la tech au niveau international. Elle sera notamment l’année du retour des introductions en Bourse.

Dans une étude publiée en collaboration avec Oxford Economics, Baker McKenzie prévoit un renforcement significatif de l’activité IPO au niveau mondial pour s’élever à 290 milliards de dollars en 2018, par rapport à 187 milliards de dollars en 2017. Ce montant se rapproche de la barre symbolique des 300 milliards de dollars franchie en 2006 et 2010.

En Europe, le montant des IPO devrait s’élever à 60 milliards de dollars en 2018, par rapport à 33 milliards de dollars en 2017, soit une augmentation de près de 100%. En France, un fort regain est attendu pour atteindre 6,4 milliards de dollars en 2018, contre 2,4 milliards en 2017.

Selon les prévisions de Baker McKenzie et Oxford Economics, cette forte augmentation des IPO au niveau mondial serait avant tout portée par le secteur technologique (TMT) : les IPO dans les TMT atteindraient ainsi 45,5 milliards de dollars en 2018, deux fois plus qu’en 2017 et cinq fois plus qu’en 2016.

Cet engouement pour les IPO dans la tech est principalement tiré par deux facteurs, qui concernent les marchés les plus importants pour le secteur : la Chine et l’Amérique du Nord.

En Chine, le gouvernement fait face, depuis plusieurs années, à une
« fuite » de ses géants technologiques vers les Bourses étrangères. En effet, Alibaba, Tencent ou encore Baidu sont tous introduits en Bourse ailleurs qu’en Chine continentale. Il est actuellement impossible pour ces entreprises d’être cotées à une Bourse chinoise car elles sont structurées en entités offshore. Afin d’encourager ses géants de l’Internet à s’introduire en Bourse en Chine, Pékin envisage de créer des certificats de dépôt qui, sur le modèle des American Depositary Receipts, permettraient aux entreprises étrangères de pouvoir être cotées à la Bourse de Shanghai ou de Shenzhen – c’est d’ailleurs via cette procédure qu’Alibaba a pu s’introduire à Wall Street en 2014. Alibaba a déjà annoncé travailler sur un projet de cotation secondaire en Chine qui pourrait se réaliser dès l’été 2018.

Aux Etats-Unis, plusieurs IPO de taille sont attendues en 2018, avec l’introduction récente de Dropbox ou celle de Spotify. Avec une valorisation qui dépasse actuellement les 20 milliards de dollars, l’entrée du leader mondial du streaming de musique à Wall Street, annoncée pour les prochaines semaines, sera certainement l’une des IPO les plus convoitées en 2018. Elle témoigne de la capacité des acteurs de la tech à attirer de nouveaux investisseurs.

…malgré des défis réglementaires à surmonter

En dépit de ces belles perspectives, certains freins persistent pour les entreprises et investisseurs qui s’intéressent à la tech. Ces freins sont notamment de nature réglementaire.

Ils concernent en particulier la protection des données. Ainsi, le 25 mai 2018 marquera l’entrée en vigueur du Règlement européen sur la protection des données (RGPD), avec des impacts importants pour les entreprises. Or, de nombreuses sociétés sont en retard dans leur mise en conformité : selon certaines estimations, seules 15% à 30% des entreprises seront prêtes le 25 mai. Au-delà du RGPD, la gestion des données personnelles par les entreprises restera un chantier prioritaire, et pourrait bientôt devenir un élément de différenciation vis-à-vis des consommateurs et investisseurs.

En matière d’investissements étrangers, dans la mouvance protectionniste des Etats à l’échelle mondiale, notamment en Chine et aux Etats-Unis, le gouvernement français envisage, dans le cadre du projet de loi « PACTE » (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) attendu pour le printemps 2018, d’élargir le contrôle de Bercy aux investissements dans les secteurs technologiques tels que l’IA, le stockage de données, les nanotechnologies, le domaine spatial et les infrastructures financières. Le défi du gouvernement sera de trouver le juste équilibre entre la protection de nos fleurons – l’un des objectifs affichés du projet de loi – et l’attractivité de notre territoire nécessaire pour satisfaire les besoins de financement d’un grand nombre d’entreprises plus modestes.

Les régulateurs nationaux se penchent également de plus en plus sur la régulation du bitcoin et autres cryptomonnaies, qui sont par nature spéculatives et donc volatiles. Les 19 et 20 mars, les ministres des Finances du G20 ont planché sur la question lors de leur réunion à Buenos Aires. Pour le moment, ils se contentent d’une « surveillance », plutôt que d’une régulation des monnaies virtuelles, mais cela pourrait changer rapidement. C’est une question à suivre avec attention en 2018 !

La tendance de ces dernières années devrait donc se prolonger dans la tech en 2018 avec une forte activité M&A et IPO, avant de retourner à un calme progressif sur 2019-2020.

Mars 2018

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