Ajassociés, cette petite entreprise qui connaît bien la crise - Le Magazine des Affaires

Ajassociés, cette petite entreprise qui connaît bien la crise

Photo de groupeFondé par Maître Franck Michel, le cabinet d’administrateurs judiciaires Ajassociés est devenu au fil des ans le plus important de France. Ce médecin urgentiste, parfois légiste, des entreprises a su constituer autour de lui une véritable équipe, une option payante et originale dans une profession qui s’exerce le plus souvent en solitaire même si les professionnels s’affichent  comme regroupés en réseau.

Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin.» Si l’histoire d’Ajassociés prend sa source à la fin des années 80 grâce à un professionnel atypique, la réussite du cabinet tient en une conviction de départ : pour être proche des entrepreneurs, pour mieux les conseiller, il faut être soit même un chef d’entreprise.

A 26 ans, le plus jeune «syndic de faillite» de France s’installe à Aix-en-Provence puis à Versailles avec un double cursus école de commerce  et droit, aujourd’hui classique dans la profession. A l’époque, le métier n’attire pas vraiment les foules. C’était une profession très décriée qui était pratiquée de façon très artisanale, les études travaillaient la plupart du temps avec un seul tribunal et faisaient essentiellement du judiciaire, très peu de civil et encore moins de prévention. Des cabinets mono client et mono produit, le cocktail de dépendance et de vulnérabilité qui envoyaient tant de sociétés dans le mur, parole d’administrateur judiciaire. Sa jeunesse et son envie détonnent face aux positions attentistes, voire sclérosées, de ses aînés. A raison, puisque c’est lui qui va tirer profit du moment charnière que traverse la profession. Depuis 1985, elle est scindée en deux : mandataire judiciaire d’un côté et liquidateur judiciaire de l’autre. Au tournant des années 90, l’étude accède au statut de société civile professionnelle (SCP) puis de société de capitaux ce  qui lui permet d’embaucher des collaborateurs et d’en faire par la suite des associés. Franck Michel prend ce virage entrepreneurial à la corde, et ce qui deviendra Ajassociés grossit rapidement. Aubaine supplémentaire, l’ancienne génération est vieillissante et cherche à passer la main, ce qui génère des opportunités partout en France.

La taille compte

L’étude compte aujourd’hui douze associés et une centaine de collaborateurs. Au titre de ses 24 implantations – principalement dans un grand quart Nord-Ouest mais aussi à Marseille, en Alsace (Céline Maschi) et dans les DOM-TOM (Alain et Lesly Miroite) et du millier de missions traitées par an, elle est la plus importante en France. Avec ses 13 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, elle maintient une croissance sereine. «Aujourd’hui, seuls de rares cabinets d’administration judiciaire sont devenus de vraies entreprises, se félicite le fondateur. L’effet taille, comparable à certains cabinets d’audit, nous permet de constituer des équipes importantes sur des dossiers qui le nécessitent. Il nous renforce et nous protège.» Le dirigeant s’attache à entretenir un socle de missions longues pour absorber les frais de structure et prend des missions courtes pour doper la rentabilité. L’activité d’Ajassociés s’est également diversifiée avec un accent particulier sur le civil, notamment sous l’impulsion de Nicolas Deshayes, jeune padawan recruté à 22 ans et formé à l’école du terrain. Le traitement des difficultés de copropriétés franciliennes comme Grigny 2 – 5000 lots principaux sur lesquels peuvent travailler jusqu’à douze collaborateurs –, le Chêne Pointu à Clichy sous Bois, ou le parc Corot à Marseille, représentent aujourd’hui 20% du volume d’affaires du cabinet. Dans ces dossiers sont mis en œuvre des plans de sauvegarde pour des grands ensembles construits dans les années 60 et aujourd’hui très dégradés.

Auxiliaire médical

Au chevet des entreprises malades depuis une trentaine d’années, Franck Michel insiste sur la prévention et la prise en charge du patient dès les premiers symptômes. Intervenir à temps permet d’alléger le traitement et d’augmenter des chances de rémission. Le praticien milite également contre l’acharnement thérapeutique des missions de prévention sur des  entités en état de cessation des paiements avérées  : « retarder une procédure collective, c’est pénaliser son efficacité future si elle ne peut in fine être évitée. Le sujet de la perte d’emploi est tellement connecté à la notion de dépôt de bilan dans la perception du public qu’il faut parfois se méfier de généraliser et ainsi écarter des scenarios alternatifs plus par conviction que par modélisation. » Résultat, des dossiers qui vont à la faillite après parfois quatre procédures collectives. Les bijoux de famille ont été bradés, les conseils en tout genre ont dévoré la bête jusqu’à l’os, la trésorerie est exsangue, et toutes les parties sortent perdantes, en premier lieu les salariés. Les prochains sur la liste ? S’il est difficile de répondre à la question, les regards se tournent vers le retail, dont le modèle est mis à mal par des ogres comme Amazon, et plus largement vers des entreprises supportant un endettement élevé, encouragé par les investisseurs avides et les taux faibles.

Bananes et grands hôtels

Parmi d’autres faits d’armes, Ajassociés est par exemple monté en première ligne sur le dossier Maranatha, un conglomérat marseillais de sociétés constituées autour d’un produit d’épargne soumis à des investisseurs privés dont le fruit servait à acheter et administrer des hôtels. Au bout de cinq ans, le placement devait renvoyer à ses souscripteurs intérêts et principal. Après 800 millions d’euros collectés et 80 établissements acquis, il n’en n’a pas été. Appelé à la rescousse, Ajassociés privilégie un adossement pour permettre une sortie aux actionnaires. L’appel d’offres lancé est une réussite, le fonds américain Colony Capital finit par souffler la mise à d’autres gros comme Apollo, Tikehau ou Attestor Capital. Aux Antilles, Ajassociés  via un autre de ses associés Alain Miroite a participé à la restructuration de toute la filière banane par des structures collectives. Dans les deux cas, l’illustration d’une conviction du cabinet, privilégier l’apurement des passifs par le recours au comité financier plutôt que la cession.

Grand écart

Plus complexe, plus concurrentiel, plus spécialisé, le métier d’administrateur judiciaire change avec son époque. Son image aussi évolue. Même s’il reste toujours moins convoité que d’autres places dans le restructuring, il est moins vu comme le fossoyeur d’entreprise. La part croissante des dossiers déposés très en amont par les dirigeants questionne son indépendance, un luxe qu’il est pourtant nécessaire de s’offrir. Arriver à concilier les demandes des clients et le statut d’auxiliaire de justice, qui oblige par exemple à la révélation de faits délictueux, relève parfois du grand écart et ouvre un terrain flou et risqué. Côté invariants, l’expérience, les contacts, les revenus et l’ego des professionnels restent importants. Aujourd’hui âgé de 59 ans, Franck Michel maintient une totale implication dans les dossiers  en récoltant la crédibilité et l’expérienec de 30 ans d’exercice professionnel. La jeune génération  avec notamment Maître Nicolas Deshayes, Maître Serge Préville, Maître Nicolas Gricourt, Maître Hervé Coustans, Maître Céline Maschi, Maître Lesly Miroite et tout dernierement Maître Maxime Lebreton se préparent a sssurer la relève  en préservant les fondamentaux de la structure a savoir des professionnels très présents sur les missions  proches des juridictions avec une équipe salariée et  sans recours a la sous-traitance.  Benoit Pelegrin

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